vendredi 24 septembre 2010

Retraites : dialogue de sourd



Actualité :
Nouvelle manifestation contre le projet gouvernemental de réforme des retraites. Malgré 5 mois de manifestations régulières ayant réuni des millions de personnes, Nicolas SARKOZY et François FILLON restent inflexibles : "Non !" à encore répété ce matin le premier ministre. De quoi énerver encore davantage les opposants !



La réforme des retraites nous donne un exemple magnifique de dialogue social ! Alors que tous les autres pays se sont mis d’accord en douceur pour réformer leur système, la France prouve une fois encore l’état déliquescent de son intelligence collective. Soyons fiers !

Ce blog avait déjà abordé le sujet dès le 26 Mai, en soulignant les inanités et les non-sens des deux parties. Rien n’a progressé depuis lors.

Refaisons le point :

Il ne peut pas être contesté que, la durée de vie croissant, l’âge réel de la retraite ne peut qu’être accru. Sauf taxation énorme des jeunes ou réduction drastique des pensions, on ne peut envisager que chacun travaille 40 ans puis soit ensuite à la charge de la société 50 ans…

Ne rien faire conduit directement à des vieux miséreux, obligés de travailler jusqu’à leur disparition comme on le constate par exemple aux USA…

Certes les ainés sont de plus en plus vigoureux et en bonne santé. Certains, à 60 ans, voire à 70, ont encore une forme redoutable. Je peux moi-même en attester car, jeune retraité, je continue à travailler et c’est bien agréable tant que la santé le permet.

Mais il est vrai aussi que certains métiers ne le permettent pas, le travailleur arrivant épuisé et souvent malade en fin de parcours.

La vie au travail s’est également déshumanisée dans beaucoup d’endroits, l’homme n’étant plus considéré que comme un outil à exploiter au maximum. La vie professionnelle devient alors un calvaire et sa prolongation très pénible.

A cela se rajoutent le chômage, les grossesses pour les femmes, les handicaps… qui font perdre des annuités de cotisation et réduisent les retraites à des peaux de chagrin.

N’oublions enfin pas les fortes inégalités avec les régimes spéciaux, qui permettent à leurs bénéficiaires de partir bien plus tôt que par le régime général.

Alors, il est tout à fait normal que ceux qui souffrent des iniquités actuelles n’acceptent pas qu’une réforme de fond comme l’actuelle ne cherche pas à les résoudre, voire les aggrave. C’est tout à fait normal et il est mal venu de s’en indigner.

C'est aussi un bel exemple de déni démocratique que de ne pas tenir compte des millions de protestations répétées, souvent avec réduction du salaire pour les manifestants ! Quelle belle préparation également des futures élections que de se fâcher avec la majorité de ses électeurs ! Nous n’aurons qu’un seul mot : Bravo à nos gouvernants !

Mais quelles solutions ? J’ai essayé pour ma part de sélectionner quelques idées parmi les suggestions des uns et des autres et qui semblent les plus raisonnables :

• Baser la retraite sur les annuités de travail en laissant libre chacun de travailler plus ou moins longtemps. Le travailleur ayant commencé à 18 ans pourrait ainsi quitter plus tôt que celui qui a commencé à 25 ans —ou continuer si son état le lui permet afin de toucher davantage ensuite…
Et cela de façon identique pour tous, régimes spéciaux ou non, fonctionnaires ou pas…
L’âge légal, qui n’a plus vraiment de sens compte-tenu des disparités soulignées ci-dessus, ne serait ainsi plus qu’une simple référence moyenne pour les calculs.

• Tenir compte de la pénibilité pour fixer la durée de cotisation, cette pénibilité étant évaluée de façon simple sur la base de la durée de vie dans la profession considérée. Ainsi, celui qui fait un travail pénible pourrait naturellement partir plus tôt que celui qui n’a connu par exemple que le bureau —et ce serait incontestable…

• Tenir également compte de l’état de santé de chacun en fin de métier. Cela permettrait aux personnes en souffrance de partir au plus tôt.

• Prendre en compte dans les décomptes les périodes d’inactivité non voulues, telles que chômage, grossesse, accidents, études… en les intégrant aux annuités de travail. Ainsi les femmes, les chômeurs, les étudiants... ne seraient-ils plus défavorisés.

• Fixer une pension minimale (une PMIG —pension minimale interprofessionnelle garantie—) pour tous.

• Lutter contre les discriminations au niveau des salaires, notamment entre hommes et femmes en taxant les excès.

• Inciter les employeurs à prévoir des parcours professionnels permettant aux personnels âgés de trouver des emplois adaptés, voire des transitions vers la retraite. Pourquoi ne pas taxer ceux qui ne le font pas et ceux qui licencient les quinquagénaires ? L’entreprise doit aussi avoir un rôle social.

• Asseoir bien entendu les cotisations sur l’ensemble des revenus, notamment financiers, et non plus seulement sur les salaires.

• Enfin encourager fortement les entreprises à revenir à des méthodes de management plus humaines et motivantes car, et c’est le fonds réel du problème, si le travail était plus convivial et agréable, chacun refuserait moins une rallonge, ne serait-ce que pour rajouter du beurre dans ses épinards ou pour s’occuper…

Chacun serait ainsi égal devant le véritable enjeu, qui est de terminer dignement notre existence, de façon égale pour tous.

Le Vilain Petit Canard

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L'auteur

Ces articles sont écrits par Christian DOUCET ccdt@cegetel.net