(mis à jour le 09/02/08)
Crise de l’immobilier aux Etats-Unis, baisse généralisée des bourses, le monde de la finance mondiale ressemble à ces après-midi sombres qui précédent les cyclones sous les tropiques, alors que les nuages s’accumulent et que le vent commence à souffler en tempête
300 à 400 Milliards de dollars de perte dans le monde à cause des subprimes américains (soit le budget de la France), 666 Milliards de déficit du commerce extérieur américain, 150 Milliards de dollars de pertes suite à l’éclatement de la bulle Internet, et maintenant 5 Milliards de pertes à la société générale à cause des spéculations hasardeuses d’un seul « trader », le marché financier donne le tournis. Des sommes fantastiques s’échangent et virevoltent au-dessus de nos têtes sans aucun contrôle.
Nous avons du mal à percevoir de telles grandeurs, nous qui achetons notre baguette 1 Euro, avons du mal à gagner quelques milliers d’euros par mois et avons des mots avec notre banquier si nous avons 10 € de découvert... C’est aussi le cas de nos entreprises, qui manipulent certes des sommes plus importantes, mais lilliputiennes à côté des énormités précédentes, d’autant plus qu’il s’agit seulement de pertes et non des capitaux manipulés… Le monde des financiers internationaux et le notre ne sont pas les mêmes.
D’un côté, il est normal que ces sommes soient colossales puisqu’elles émanent finalement de l’addition des activités des 6 milliards d’humains. Mais si, à l’échelon local, l’argent correspond à des échanges matériels bien concrets, au niveau du « marché financier », on tombe dans le domaine de la spéculation. L’argent devient lui-même la matière échangée.
On va ainsi spéculer entre les taux de change légèrement différents entre les bourses (on vend 100 Millions d’Euros à Paris à 1,38 $ et on rachète autant à 1.37 $ à Toronto, avec un bénéfice immédiat de 1 Million d’Euros). On joue aussi sur le cours des matières premières, fluctuant selon l’évolution de l’offre et de la demande, et, objet de la dernière crise, sur la « titrisation ».
Qu’est cette dernière ? Illustrons simplement : supposons que vous prêtiez à votre voisin 1000 € sur 20 ans. Vous ne récupérerez votre mise que peu à peu et, en attendant, elle vous manque. Ceci pénalise directement les banques, qui ne peuvent pas dépasser un certain en-cours de crédits. Des financiers ont alors inventé un mécanisme astucieux : vous cédez votre créance à un autre investisseur, qui se paiera ensuite directement auprès de votre voisin. Vous touchez ainsi de l’argent frais tandis que l’investisseur place son argent. Vous avez transformé votre créance en titres échangeables, vous l’avez « titrisée ». Et ceci est valable pour tout ce qui est censé rapporter dans l’avenir : actions d’entreprises, crédits de toute nature, locations…
Tant qu’on en reste là, tout va bien. Mais ces cessions ont été agglomérées en vastes ensembles puis le tout scindé en parts vendues à des investisseurs. Ces derniers ne savent donc plus très bien ce qu’ils achètent ni leurs risques, d’autant plus que les mécanismes financiers mis en œuvre sont extrêmement complexes, ne permettant pas de connaître exactement les risques ni les remboursements à attendre, qui dépendent des remboursements des débiteurs, du taux de leur défaillance et des possibilités de recouvrement dans ce cas.
Alors que s’est-il passé ? De véritables escrocs ont vendu aux Etats-Unis des maisons à crédit à des personnes visiblement sans ressources suffisantes et ont titrisé les crédits correspondants, noyant ainsi le tout dans la titrisation globale sans que les agences de notation, qui sont justement là pour estimer les risques à l’intention des investisseurs, ne tirent le signal d’alarme.
C’était facile puisque les vendeurs faisaient des affaires tandis qu’ils faisaient supporter le risque par d’autres (gageons qu’ils ne l’auraient pas fait s’ils avaient dû se payer eux-mêmes sur les remboursements…). Crac, les taux d’intérêt ont augmenté, les prix de l’immobilier ont baissé et les emprunteurs n’ont pas pu rembourser. Le manque à gagner s’est alors reporté sur les investisseurs, soit le monde financier, en particulier les banques, sans que personne ne sache réellement dans quelle mesure il serait touché.
On pourrait dire que tout cela est assez moral et fait penser à l’arroseur arrosé. C’est bien fait pour ces grands financiers qui jouent des sommes énormes et gagnent de l’argent facile.
Mais c’est sans réaliser que ces énormes pertes dans l’économie virtuelle de la grande finance sont à la fin payées par l’économie réelle, c’est-à-dire par nous. L’éclatement de la bulle Internet dans les années 2000 a entraîné la faillite de centaines d’entreprises. Les spéculateurs et les intermédiaires sur les matières premières se payent sur leur prix de vente élevé dont les producteurs de base ne profitent pas (voir le taux de pauvreté dans la plupart des pays pétroliers). Les pertes actuelles des banques seront financées sur les frais qu’ils nous prélèveront. C’est nous qui faisons in fine vivre tous ces intermédiaires et tous ces spéculateurs… L’argent ne pousse pas tout seul…
La morale de tout ceci ? On retrouve une vieille règle : l’obscurité et l’absence de responsabilité laisse libre jeu à toutes les déviances.
Tant que le monde financier sera aussi complexe et peu transparent, les escrocs et les profiteurs auront beau jeu de s’y infiltrer et d’en profiter. Et tant que ces derniers pourront sévir sans courir de risques sur leurs propres deniers, pourquoi s’arrêteraient-ils ?
La crise de 1929, qui a conduit à la seconde guerre mondiale, a déjà été causée par le surendettement des américains encouragé à l’époque par les banques, la crise des subprimes, dont on espère que les conséquences seront moins dramatiques à terme, a la même cause. La pauvreté des pays du tiers monde est due à l’injuste rétribution de leurs productions sur le marché international, au profit des grandes sociétés acheteuses, et ceci alimente le terrorisme et l’intégrisme. La prolifération de la drogue trouve sa source dans les profits de quelques chefs afghans ou autres colombiens…
Dans chaque cas, des individus motivés par leur seul profit profitent de l’impuissance internationale pour agir impunément.
Le monde est aujourd’hui planétaire. L’échelle des pays devient minuscule face au monde financier et à celui des mafias. Nous n’en avons pas l’impression parce que, ici, nos interlocuteurs directs sont notre gouvernement et notre employeur. Mais eux-mêmes sont complétement soumis à l’environnement international. Que les Etats-Unis entrent en récession et notre économie suivra car toutes les autres seront touchées, lorsque la Chine ne respecte pas un minimum social et vend à bas prix, ce sont des pans entiers de notre économie qui s’écroulent…
La solution n’est pas dans la fermeture des frontières, qui conduirait à des régressions généralisées (imaginez que l’on ne puisse plus acheter du café de Côte d’Ivoire ou que nous ne puissions plus vendre nos Airbus et notre blé à l’étranger…). A l’heure d’Internet et de l’avion, une fermeture des frontières est irréaliste.
La solution n’est également pas en s’opposant à l’Europe, à l’OMC ou au G7, c’est-à-dire aux quelques organisations encore timides qui essaient de réguler quelque peu l’environnement international. Ce n’est pas en les affaiblissant qu’on fera progresser la morale internationale. Au contraire, leur impuissance ne peut que favoriser les malversations.
La seule voie pour progresser réside bien dans le renforcement des institutions de contrôle internationales, en s’investissant dans leur sein, en leur donnant un poids politique maximal et en surveillant attentivement leur éthique. Un exemple : pour que l’Europe ait une puissance suffisante pour nous défendre, il faut qu’elle soit supportée par chaque européen, et donc qu’elle ait un gouvernement réel et élu. C’est aussi nécessaire pour éviter qu’elle ne prenne des décisions contraire à nos intérêts car l’absence d’élections entraîne l’irresponsabilité, puisque le sort des dirigeants ne dépend plus de notre satisfaction. Lutter contre une Europe supranationale est donc contreproductif.
De même, renforçons l’OMC, le G7, l’ONU… Œuvrons pour un « gouvernement » mondial qui fasse respecter les règles de bonne cohabitation entre pays, la baisse des pollutions et le développement durable. Il ne faut plus que les états suivent leur seul égoïsme, mais que tous les pays de bonne volonté s’unissent et y consacrent les moyens nécessaires.
Il fut un temps où les ducs et princes défendaient leurs propres baronnies. Puis les Etats ont assuré l’égalité et la justice pour tous. Il nous faut passer au niveau supérieur d’urgence.
Si nous ne le faisons pas, nous continuerons à laisser la finance mondiale et les malfrats nous exploiter sans vergogne et le monde ira au suicide.
C’est la seule voie d’avenir…
Le vilain petit canard
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